Manfred Schmidt joue sur son propre Bechstein

Berlin est un fief Bechstein depuis 1853, année où Carl Bechstein a fondé son entreprise ici même. Entre-temps, un nombre incalculable de pianos droits et à queue de la marque occupent une place de choix dans les salons privés et diverses institutions de la ville.

C’est un vrai bonheur que de pouvoir jouer sur son propre piano à queue de concert C. Bechstein D 282. Tel est notamment le cas de Manfred Schmidt, professeur de piano à l’École des Beaux-Arts de Berlin, qui a récemment enregistré un CD sur son propre piano, installé dans l’ancienne école communale de Berlin-Heiligensee. Le technicien de concert Johannes Kammann a réalisé des merveilles en accordant l’instrument : il a su l’adapter au caractère relativement intime de l’école, sans pour autant générer un son sec du type « salle de séjour ».

On retrouve ce caractère d’intimité dans l’interprétation du pianiste. Manfred Schmidt joue des œuvres de Bach (Prélude, Fugue et Allegro, BWV 998 ; Fantaisie en ut mineur, BWV 906 ; Concerto en ré mineur, BWV 974) et Beethoven (Sonate en ré mineur « La Tempête »), ainsi que quatre transcriptions de Bach dues à Kempff, Hess, Bauer et Busoni. Il s’inscrit ainsi dans la grande tradition des conservatoires de piano allemands, de Schnabel à Kempff en passant par Fischer. Son jeu clair, chantant et naturel s’impose sans jamais sembler forcé, artificiel ou extravagant. Son interprétation de La Tempête de Beethoven est certes d’un rythme plus soutenu que celle donnée par Wilhelm Kempff au milieu des années 1960, mais elle ne s’apparente pas, même dans le final, à celles des pianistes « impétueux ».

Schmidt fait parler la musique. Grâce à son talent — et à son Bechstein.