Abdel Rahman El Bacha joue Beethoven

Une prouesse : Abdel Rahman El Bacha vient d’enregistrer l’intégrale des sonates pour piano de Beethoven. Pour réaliser cette prouesse, le grand pianiste a choisi un piano à queue de concert C. Bechstein D 282, un instrument qui « préserve le meilleur de la tradition Bechstein, tout en développant la puissance et l’égalité du son ».

En choisissant un piano à queue de concert C. Bechstein D 282, Abdel Rahman El Bacha a délibérément marché sur les traces d’Artur Schnabel, qui avait lui aussi opté pour Bechstein lorsqu’il avait enregistré la première intégrale des sonates de Beethoven entre 1932 et 1935 aux célèbres studios d’Abbey Road, à Londres. Dans une interview donnée à la journaliste Sylviane Falcinelli, le maître a notamment déclaré : « Le toucher du Bechstein ne ressemble à celui d’aucun autre piano. […] La mécanique réagit avec netteté et permet que l’on sculpte le son pendant qu’on enfonce la touche. […] Ce qui me séduit aussi, c’est la palette de sonorités différentes à toutes les tessitures. […] Cet instrument de la nouvelle génération cherche à préserver le meilleur de la tradition Bechstein, tout en développant la puissance et l’égalité du son ».

Enregistrer les trente-deux sonates de Ludwig van Beethoven est un pari audacieux pour tout pianiste — Un pari qu’Abdel Rahman El Bacha n’hésite pas à le relever pour la seconde fois. Mais alors que le premier enregistrement de l’intégrale s’était étiré sur une dizaine d’années, tout a maintenant été bouclé entre avril 2012 et janvier 2013. Les sessions ont eu lieu à la ferme de Villefavard en Limousin, le piano à queue C. Bechstein D 282 étant préparé par Denijs de Winter, technicien de concert à la réputation légendaire. La qualité de l’enregistrement a sans aucun doute bénéficié de l’acoustique exceptionnelle de l’ancienne grange rénovée par l’architecte Gilles Ebersolt en collaboration avec l’acousticien Albert Yaying Xu, auquel on doit notamment la Cité de la Musique de Paris, l’Opéra de Pékin et la nouvelle Philharmonie du Luxemburg.

Pour ce coffret appelé à faire date, Abdel Rahman El Bacha a parfaitement tiré parti du spectre de nuances offert par le piano à queue Bechstein D 282. Sans jamais forcer le tempo ni les dynamiques, il a su rendre tous les détails des sonates de Beethoven avec un souffle impressionnant. Le livret indique que les sonates ont été enregistrées deux par deux et que, lorsqu’il était nécessaire d’apporter une correction, El Bacha les a recommencées depuis le début, ce qui confère une homogénéité particulière à l’enregistrement. Le pianiste précise : « C’est ce survoltage que je tiens à préserver en enregistrant des prises par sonates entières, de façon à être moi-même à l’épreuve à laquelle Beethoven veut soumettre son interprète. Si l’on ne se maintient pas dans l’épreuve, on n’est plus dans la ligne musicale, dans l’intention même du compositeur qui nous a précédés dans les épreuves. Un tel partage veut la peine d’être vécu par nous, interprètes ».

Photos: Sylviane Falcinelli

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